Paris-Brest-Paris : Loudéac – Carhaix
Inutile de préciser que le sommeil ne fut pas long à trouver. 3h30, on vient nous réveiller, il me faut quelques instants pour me souvenir que nous avions bien dit 3h30 et non pas 4h00 comme nous l’avions évoqué un moment.
Dès mon réveil, j’entends le bruit qui nous a bercés au moment de nous coucher : celui de la pluie sur le toit du gymnase. Le coup au moral est rude, je me demande si j’aurais le courage de repartir sous la pluie. Finalement, fausse alerte, en sortant dehors, il ne pleut pas, le bruit n’était pas celui de la pluie. Le moral, qui était très bas à l’audition de ce bruit, remonte en flèche.
Nous allons réveiller Jean-Jacques et Rodolphe qui n’ont pu bénéficier d’un couchage décent et ont donc du dormir dans la voiture au milieu de nos affaires détrempées…
Je ne suis pas bien depuis mon réveil, j’ai comme des brûlures d’estomac et des remontées acides. A un moment, alors que je suis en train de préparer mes bidons, je m’écarte de la voiture pour aller rendre dans le caniveau le plus proche. La journée commence bien, je me résigne à faire une croix sur le petit déjeuner et à passer au médical, d’où revient Chrystel, le premier passage d’une longue série.
Nous voilà donc parti alors que nous croisons quelques cyclos déjà sur le retour. Le parcours ressemble à de véritables montagnes russes. Chrystel ayant toujours mal au genou souffre sur ce tronçon. Christophe se laisse descendre à sa hauteur. Je me doute qu’elle va nous demander de continuer à notre rythme sans s’occuper d’elle. Effectivement, c’est ce que nous annonce Christophe quand il nous rejoint. Elle n’a pas voulu nous l’annoncer craignant de nous saper le moral.
Ce tronçon est un véritable calvaire, je me sens sans force sur cette alternance de montées sèches et de petites descentes. Le fait d’avoir le ventre vide ne fait qu’accentuer cette sensation. Christophe me prodigue force encouragements, mais cela ne suffit pas, je vais même jusqu’à lui dire de continuer sans moi.
J’ai faim, il faut que je mange, en espérant que l’emplâtre stomacal que m’a donné le médical fera effet. Je veux manger un croissant et c’est avec cette idée fixe que j’avance jusqu’à trouver enfin un village avec une tente proposant un ravitaillement. Je pose mon vélo et rejoint la queue des autres cyclos. Je suis pris d’un énorme sanglot qui fait se retourner le cyclo qui me précède qui s’enquiert de mon état. Je lui réponds tant bien que mal que ça va, mais qu’il fallait juste que ça sorte. J’achète ce croissant, le dernier qui restait, tant désiré. Il n’a rien d’exceptionnel au goût, mais c’est un précieux réconfort.
Christophe et Yann m’ont attendu et nous repartons. Nous sommes rapidement ensuite au contrôle secret où nous apprenons que la suite du parcours jusqu’à Carhaix, lieu du prochain contrôle, sera plus plate. Au moment de repartir, nous sommes interpellés par Jean-Philippe et Isabelle Battu. Ils sont surpris de ne pas voir Chrystel avec nous et nous leur expliquons sa tendinite qui la ralentit.
Nous voilà repartit sur des routes effectivement plus plates et plus passantes, même si à cette heure-ci, c’est encore très calme. Les abords sont parsemés de cyclos dormant comme ils peuvent : adossés à des bornes signalétiques, allongés sur des murets de propriétés attenantes à la route. Même en étant prévenu, il faut le voir pour le croire…
Nous discutons avec les cyclos qui roulent avec nous, notamment avec un belge particulièrement remonté contre l’organisation devant la difficulté de l’épreuve. Au moment où nous le laissons et lui souhaitons bonne chance, il nous annonce qu’il s’arrêtera probablement à Brest pour rentrer en train.
Nous arrivons ensuite aux alentours de Carhaix où nous sommes témoins d’une chute. Deux cyclos sont mis au sol par des chiens qui déboulent d’un chemin. Les cyclos se relèvent et les chiens heurtés par les vélos se sont rapidement enfuis en gémissant. Si le contact avec le goudron n’est pas agréable aux cyclos, les roues qui ont heurtés les chiens ne les ont pas ménagées non plus. Enfin plus de peur que de mal, nous voyons les cyclos remonter sur leur vélo.
Nous rejoignons les hauteurs de Carhaix pour retrouver Jean-Jacques et Rodolphe. Nous prenons un solide petit-déjeuner dans un réfectoire qui a des allures de dortoir. Des cyclos sont allongés dans tous les couloirs, ou accoudés aux tables, enveloppés dans des couvertures de survie. Nous indiquons à Jean-Jacques et Rodolphe que Chrystel continue à son rythme.
Je suis content d’avoir pu m’alimenter normalement. Ca devrait aller mieux pour la suite, malgré le Roc Trévezel et les Monts d’Arrée qui se profilent. Je choisis quand même de me pommader les jambes car mes cuisses me font légèrement mal et je crains que ma tendinite quadricipitale ne revienne. Et nous voilà reparti sous une météo qui semble enfin plus clémente.
La veille, nous avions parlé du brevet de 600km et je lui avais avoué avoir pleuré pendant de nombreux kilomètres après que nous ayons du abandonner Jean-Jacques.