Paris-Brest-Paris : Tinténiac – Loudéac
Après avoir refait nos bidons et remplies nos poches, nous voilà repartie sous une météo mitigée. Il s’agira de notre dernière étape du jour avant de pouvoir dormir, plus de 24h après notre départ.
Alors que nous traversons Saint-Méen-le-Grand, ville natale de deux illustres cyclistes bretons des années 50, nous discutons avec un canadien. Craignant un engorgement au niveau du dortoir de Loudéac, il a choisi de s’arrêter avant pour dormir. Quitte à repartir plus tôt le lendemain.
Le relief est un peu plus favorable et nous ne nous en plaignons pas car la fatigue commence à se manifester et les premiers bobos font leur apparition. Chrystel se plaint du genou et Yann disparait de nos roues. Nous décidons donc de lever un peu le pied pour éviter de nous perdre. Christophe file devant de manière à avoir le temps d’avertir Jean-Jacques de notre avancée. En effet, il faut s’arrêter pour téléphoner, tout participant surpris à téléphoner sur son vélo est pénalisé d’une heure sur son temps final. Je me laisse rejoindre par Yann puis par Chrystel. Alors que Yann lève le pied pour rester avec nous, je lui conseille plutôt de rester dans les roues pour se protéger du vent. Ce n’est pas qu’il soit violent, mais il nous est toujours défavorable et il n’est pas question de gaspiller des forces maintenant qui pourraient nous servir plus tard.
Le genou de Chrystel la fait souffrir, pour l’aider, je la pousse un peu et discute avec elle, mais je sens son moral qui décline. Chrystel me conseille de garder mes forces plutôt que de la pousser. Je lui réponds que aujourd’hui, c’est moi qui la pousse, mais que je serai peut-être bien content qu’elle me pousse si je me trouve mal également. Avant de retrouver Christophe, nous nous retournons, intrigués par une grande banderole disposée de l’autre côté de la route. Nous lisons dessus « Contrôle officiel », découvrant ainsi le lieu d’un des contrôles secrets du parcours.
Nous retrouvons Christophe qui a donné une estimation de notre heure d’arrivée à Jean-Jacques et Rodolphe. Le moral de Chrystel suit la trajectoire du soleil et décline doucement. Pour l’encourager, je me livre à une estimation du nombre de personnes ayant réalisés ce que nous sommes en train d’accomplir, qu’elle réalise le caractère exceptionnel de notre entreprise.
La nuit est maintenant tombée et la pluie refait son apparition. Seule bonne nouvelle, nous apercevons les lumières de Loudéac au loin. Au loin, c’est le terme approprié, le temps que nous mettons pour les rejoindre me semble infini sur une route au profil toujours aussi scabreux. Enfin, nous arrivons, trempés mais heureux de pouvoir nous restaurer, prendre une douche et dormir.
Jean-Jacques et Rodolphe, l’œil aux aguets nous ont repéré dès notre arrivée. Nous allons manger avec eux. Ils nous informent qu’ils n’ont pu nous réserver de place au dortoir et qu’il nous faudra donc faire la queue pour dormir. Et nous avons pu constater que la queue au dortoir était vraiment longue. On verra cela plus tard, pour l’instant, on mange.
Chrystel part au médical pendant que nous allons prendre notre douche. De retour au dortoir, nous retrouvons Chrystel dans la file d’attente, file qui a fondue comme neige au soleil (si seulement soleil il y avait). Et nous pouvons donc aller nous coucher quasiment aussitôt, après avoir indiqué notre heure de réveil : 3h30, soit 3h de sommeil.