Désertion
Il est temps de tourner la page. Depuis des années, je n'exécute plus qu'une routine. Plus envie d'aller au-delà de ça, ne pas savoir faire autre chose que ça. Voilà ce que je veux éviter.
Je fus un bon soldat, j'ai survécu, non sans mal parfois, à quelques missions pour kamikazes. Je me suis battu parce que c'était ce pour quoi on me payait. Les bons, les méchants, cela n'avait aucune importance, de toutes manières, ce sont des notions bien trop manichéennes et bien trop abstraites.
J'ai fait ça pendant pas loin d'une décennie sur divers fronts. Tous ne furent pas forcément sanglants, mais il y eu quelques boucheries. Je n'en suis pas sorti indemne. Aujourd'hui, j'ai trop de morts sur les bras, trop de sangs sur les doigts.
Je compte également quelques désertions à mon actif. Seuls les morts n'ont jamais désertés. Je n'en tire aucune fierté, mais parfois, il faut juste choisir de ne pas mourir, du moins à bréve échéance.
Aujourd'hui, je sais que c'est ce qui m'attend dans un avenir proche. La technologie du moment me dépasse et je doute de m'y adapter un jour. Et je n'en ai pas l'envie parce qu'elle représente l'anéantissement d'une certaine race de soldat dont je fais parti. Nous n'étions que quelques uns à maitriser les armes à notre disposition. Demain, tout le monde en sera capable, résumant les conflits à une simple histoire de chiffres. Là où l'excellence faisait la différence hier, demain ce sera le nombre.
Je ne suis pas sur que la milice qui emploie le mercenaire que je suis l'aie bien compris. Nos prises de guerres sont encore conséquentes et nos pertes minimes, donc raisonnables. Mais cela ne durera pas. Et je ne veux pas mourir.
Voilà pourquoi il faut partir. C'est peut-être lâche, mais je ne le pense pas. Je n'en suis pas particulièrement fier. Mais après avoir passé des années à semer la mort, je ne veux pas qu'elle me rattrape, et je sens son souffle dans mon dos. Il faut que j'apprenne la vie.