Aussi triste que Platini
Allo Paris ? Ca ne répond plus. J’ai le Sacré-Coeur gros comme ça…
Je n’ai pas écouté les infos ni hier, ni ce matin. C’est un collègue qui me savait admirateur qui me l’a annoncé. Mano Solo est mort. J’avais beau avoir envisagé cette hypothèse après qu’un copain cyclo m’ait parlé de l’annulation de ta tournée, mais la nouvelle me fait de la peine. Le coup est rude.
J’avais découvert ton premier album au hasard d’un de mes passages à la médiathèque qui le diffusaiten musique de fond. Il m’a semblé avoir entendu ce disque chez Isabelle Dhordain, dans son émission “Le pont des artistes”, mais je n’en suis plus très sûr.
Et puis, comme j’avais été accroché par les musiques et les mots, je me suis acheté “La marmaille nue”. Fin 94. Il a tourné en boucle pendant toute ma première année d'études à Béthune. Cet album dégage une force incroyable, tes autres albums, aussi bon soient-ils, ne sont jamais hissés aussi haut que celui-là dans mon Panthéon personnel. Cet album là est unique.
La deuxième année à Béthune a elle été rythmée par “Les années sombres” aux influences hispaniques. On sentait le propos plus sombre. Comme si l’inévitable allait arriver d’ici peu. Crainte confirmé par l’annonce de ton dernier concert. Vidéo que j’avais enregistré en cassette audio pour pouvoir écouter. Je te perds de vue pendant mon séjour en Angleterre, mais mes parents, de passage, m’apportent un recueil de tes textes “Je suis là” quand ils viennent me rendre visite.
Quand je rentre en France, toi aussi tu reviens. Les Frères Misères sont là, avec un brûlot punk signé de tes mains qui me ravi les esgourdes. Tu es plus vivant que jamais. La rage au corps, la même que sur les albums signés sous ton nom, mais qui jaillit brute. A l’époque, c’est à Orange et Toulon que ça pue, aujourd’hui, c’est un peu partout, hélas. Et la révolution n’est pas plus à l’ordre du jour qu’à l’époque.
Nouvel album l’année suivante. Les violons que tu avait invité pour ton dernier concert sont très présents sur celui là. Certaines chansons nous font penser à des adieux, mais si l’album s’appelle “Je sais pas trop” le doute n’est pas de mise, l’album est beau à pleurer. Il m’arrive encore de fredonner “Je suis venu vous voir” quand je suis seul. Peut-être ma chanson préférée, en tout cas le plus beau texte.
En parallèle, il y a “Joseph sous la pluie”, errance d’un homme sur une péniche qui se termine sur une magnifique note d’optimisme alors que tout s’acharne sur le héros. C’est à cette période là que je te rencontre, en vrai. Avec ma copine, je sèche 2 heures de cours[1] pour aller te voir au forum de la FNAC de Marseille. Je ne pourrais malheureusement pas assister à ton concert puisque le même soir je vais voir les Têtes Raides qui passent dans une autre salle à 200m du Dôme où tu te produits avec tes musiciens. Tu me feras une gentille dédicace sur mon exemplaire de “Je suis là”. Un Mano de profil.
Je me rappelle ensuite de “Internationale Shalala” écouté en voiture alors que nous descendions faire du vélo du côté de Cluny. Seul en scène avec une guitare pour tout accompagnement, tes morceaux dégagent toujours la même force.
Un an après, c’est “Dehors” avec lequel tu tailles ta route. C’est aussi à ce moment-là que je m’inscris sur ton forum ou je serai muet mis à part une participation sur le thème de l’insécurité instrumentalisée politiquement. Je n’ai jamais réagi à tes lettres coups de gueule. Je fais parti de ceux que tu as régulièrement fustigé.
Ton site recèle également de petites pépites que tu mets parfois en ligne tel ce “Je ne sais pas” enregistré pour la compilations “Aux suivants” et qui sera refusé. A tes dires parce qu’elle s’écartait trop de l’originale. Ces gens-là n’ont pas compris qu’une chanson est vivante.
Viens ensuite un second live "La marche" avec un groupe, cette fois-ci. Le DVD avec l’album qui accompagne l’album recèle quelques petites merveilles.
2004 et un nouvel album. C’est d’ailleurs pour l’un des premiers concerts de cette tournée, avant même que l’album ne soit sorti que je te verrai sur scène. La seule fois. Aix-en-Othe, Festival en Othe[2]. Tu engueules ce public qui ne te laisse pas parler entre les chansons parce qu’il t’aime. Tu livres les chansons de ton nouvel album “Les animals” à un public qui ne les connait pas encore. Je me rappelle particulièrement de “Moi j’y crois”, chanson de tes débuts, “Du vent” et “Barrio Barbès” avec Balbino Medellin, relecture de “Barbès-Clichy” tiré de “Les années sombres”.
Je serai ensuite un des rares (2800 personnes pour un chanteur trois fois disque d’or, dérisoire et désespérant) à participer à la souscription que tu lances pour “In the garden”. Parce que c’était ma réponse à tes coups de gueule, je voulais croire, comme toi, que l’auto-production pouvait marcher à ton échelle. Sur cet album “Aimer d’amour” te vaut une censure ratée sur les grandes plateformes vidéo, grâce à ton public fidèle qui répond à ton appel et reposte la vidéo en masse dès que celle-ci disparait.
En 2009 sors “Rentrer au port” et tu parles d’un nouvel album des Frères Misère. J’attendais cela avec impatience. Je te verrai plus sur scène. Je ne te verrai plus. Il me reste tes mots et ta musique, mais ce ne sera plus pareil. Là où tu es, j’espère qu’il y a des filles et de la ganja. Tu es toujours vivant dans notre monde à la con. Il est juste un peu plus con et un peu plus injuste qu’avant. Moi non plus je sais pas trop quoi te dire. Je crois que vais juste pleurer…
[1] Quel héroïsme ! Surtout pour des heures de Bioconversion
[2] qui avait toujours une superbe programmation : Jack O’Lanternes, Pigalle, Wriggles, Bénabar, Alexis HK, Marcel & son Orchestre, Fatals Picards…