La préfecture de la honte
Il y a environ un an, je me suis rendu à la préfecture pour y accomplir une formalité administrative. Rien d’extraordinaire jusque-là. Je me rends à l’étage, je prends un ticket, on m’informe sur le temps d’attente estimé. Pendant ce temps, je remplis mon formulaire, installé sur une chaise. Quand mon tour vient, je me rends au guichet. Et voilà, c’est réglé.
En redescendant, pour rejoindre la sortie, je dois couper une file d’attente qui s’étend jusque dehors. Je comprends vite de quoi il s’agit car des collègues ou des amis m’en ont parlé. Il s’agit de la file d’attente pour les demandes de carte de séjour.
J’ai du mal à comprendre pourquoi pour changer de carte grise j’ai le droit d’être informé de mon temps d’attente, de m’asseoir pour patienter et pourquoi eux doivent patienter debout, sans aucune idée du temps d’attente… La file s’étend jusque dehors et nous ne sommes encore qu’en matinée, qu’en sera-t-il cet après-midi. De plus, il fait beau, mais quand il pleut, les gens doivent patienter sous la pluie. Il y a là des personnes âgées, des mères avec des enfants en bas âge.
Mes collègues m’en avait déjà parlé, mais j’avais du mal à y croire, pourtant, c’est la triste réalité. Et encore n’ai-je pas assisté à la totalité de ce qu’ils m’ont raconté : la queue qui dure plusieurs heures parce que tous les guichets ne sont pas ouverts, les gens qui se font refoulés après des heures de queue parce qu’ils ne pourront pas passer aujourd’hui…
Je passerai sous silence le temps de traitement des dossiers qui a plus sensiblement augmenté depuis un an et les problèmes que cela pose. Un ami vit depuis plusieurs mois avec un simple récépissé indiquant que son dossier est en cours de traitement et ne peut quitter la France pour revoir sa famille de crainte de ne pouvoir rentrer en France. Pays au sein duquel il a fait une bonne partie de ses études et dans lequel il bosse depuis pas loin de 2 ans.
En quoi le simple fait d’avoir la nationalité française ou non peut expliquer cette différence de traitement. Ca a un nom, c’est de la discrimination. Quand je vois ça (et pas que ça depuis quelques mois), j’ai honte de vivre dans ce pays et d’avoir cette nationalité. N’oublions pas que nous ne sommes français que par accident, nous ne sommes pas maitres de la nationalité de nos parents et de notre lieu de naissance.