Paris-Brest-Paris : Fougères – Villaines-la-Juhel
Nous décidons, dès notre arrivée de l’heure de notre départ, afin de ne pas perdre de temps. Pendant que Christophe commence à manger, je me dirige vers le médical. Au final, ces passages s’avèrent de véritables bols d’airs. L’ambiance au sein des équipes y est généralement très bonne. Ici, certains se vantent d’être d’anciens apprentis vétérinaires. En plus de se faire soigner, on rigole bien, et dans les moments difficiles, c’est primordial. Selon eux, ma tendinite est encore très légère et musculairement, je suis en « bon état ». La suite ne sera, selon la personne qui m’a examiné qu’une formalité.
Je rejoins Christophe à table. Au fil des arrêts, nous avons trouvé des petites astuces pour ne pas perdre trop de temps. Par exemple, en allant manger en prenant nos bidons avec nous, nous évitons un aller-retour inutile.
Christophe a eu Jean-Jacques au téléphone, et nos craintes semblent hélas se confirmer pour Yann. Mais il est encore dans les délais pour rentrer puisque Chrystel et lui sont dans les mêmes temps.
La pluie s’est maintenant arrêtée et nous repartons donc au sec, mais sur un parcours toujours aussi vallonné. Je crains de ne payer mes efforts à emmener du braquet. En effet, ma tendinite ne me fait plus souffrir quand je mouline que quand je tire gros. Finalement, ça ne sera pas le cas.
Nous sommes très prudents concernant ce tronçon car dans nos esprits, les alentours de Villaines-la-Juhel étaient très vallonnés. Finalement, à l’approche de Villaines, nous aurons la seule occasion de passer le gros plateau. Au sommet d’une descente, un tandem que nous venions de dépasser nous double et nous demande : « On vous emmène ? ». Profitant de l’aubaine, nous prenons leurs roues pour cette descente.
Pour une fois, la météo nous aura épargné et c’est au sec que nous parcourons ce tronçon. D’un commun accord avec Christophe, nous avons choisi de scinder les étapes en deux, en marquant une courte pause à mi-parcours. Auparavant, nous aurons discuté avec une cyclo dont le mari fait l’assistance. Elle aurait bien voulu le faire en tandem, mais n’a pas réussi à le convaincre.
Nous nous arrêtons dans un café le temps de boire un verre et de nous ravitailler. Pour changer des barres énergétiques et du goût sucré, j’ai pris du rab au ravitaillement précédent et me suis confectionné un petit sandwich au fromage. Un suédois nous imite et nous rejoint au café. Pour lui, c’est aussi l’occasion de mesurer son taux de glycémie car il est diabétique.
Le délai imparti à notre arrêt étant révolu, nous repartons pour la quarantaine de kilomètres nous séparant du contrôle. Christophe retrouve un cyclo avec qui il a roulé la veille dans l’ascension du Roc Trévezel, en discutant les kilomètres passent plus vite. Et j’ai beau souffrir de ma tendinite, je sais que nous touchons au but. Nous avons la surprise de reconnaitre au bord de la route des personnes qui nous ont glissées des encouragements à l’aller et nous leur donnons rendez-vous dans 4 ans.
Nous arrivons à Villaines-la-Juhel où Rodolphe nous a repérés. Je lui confie ma sacoche pendant que je file au médical, et que eux vont manger. Au médical, le cyclo avec qui Christophe a discuté est en train de se faire masser sur la table d’à côté.
La personne qui s’occupe de moi prend bien soin de me mettre un peu de froid pour soulager la douleur et profite de cela pour me masser. Ensuite, il m’applique une compresse au niveau de tendon en me disant que je peux la garder jusqu’au bout.
Entretemps le médecin fait le tour de tout les « patients » et nous entamons la discussion. Il m’examine et me dit que ma tendinite est bénigne et que vu mon état général, il ne faut surtout pas que j’oublie de m’arrêter à Saint-Quentin, qui est la fin du parcours. Il me conseille aussi de prendre un anti-inflammatoire léger. Comme je lui dis que j’ai des anti-inflammatoires dans ma pharmacopée, il m’explique fermement qu’il ne faut surtout pas le prendre car c’est trop acide, pareil pour l’aspirine. Finalement, il me donne 4 comprimés de Doliprane, dont deux à prendre de suite, les autres demain matin.
Avant de me laisser filer, nous discutons de la météo, il m’indique que selon lui, les temps mis par les participants sont 10 à 15 heures supérieurs à ce qu’ils auraient mis dans des conditions normales. Je trouve cette estimation un peu trop importante, mais il doit savoir ce qu’il dit, il a trois Paris-Brest-Paris à son actif avant d’être bénévole pour l’organisation.
Le repas est un des mieux organisé, à défaut d’être le meilleur. Les cyclos ont un accès prioritaire au restaurant. La dame qui me sert le repas est celle qui m’a servi le petit-déjeuner à l’aller, me reconnaissant (alors que pas moi, c’est à ce genre de détail que l’on voit que la fatigue est présente), elle me demande gentiment de mes nouvelles. Je lui promets que dans 4 ans, je me souviendrai d’elle. Pour rejoindre la table, on me propose de porter mon plateau, je décline poliment cette sympathique proposition.
La nourriture n’est pas exceptionnelle, mais on s’en contente. Jean-Jacques nous donne des bonnes nouvelles de Chrystel et des moins bonnes de Yann qui a, à nouveau, eu des problèmes avec son dérailleur, pendant que Rodolphe se bat avec la viande qui est dans son assiette. Les coups de fils se multiplient pendant que nous mangeons, notamment mes parents chez qui Jean-Jacques demande le gite et le couvert vendredi soir pour ne pas avoir à reprendre la route pour Lyon. Voyant l’état de fatigue de nos accompagnateurs, j’avais proposé à Christophe cette solution, que Jean-Jacques n’a pas déclinée.